Milarepa

 

 

                                                                                                                            

Je me prosterne aux pieds du Lama sacré.
Bienfaiteurs qui désirez réaliser la nature de l'esprit,
Si vous pratiquez, agissez ainsi :

La foi, l'érudition, la noblesse
Sont l'arbre de vie de l'esprit.
Une fois planté, il est facile à consolider.
Si vous le soignez, vous réussirez.

Le détachement, le renoncement, la clairvoyance
Sont l'armure de l'esprit.
Une fois revêtue, elle est légère et résistante.
Si vous la portez, vous réussirez.

La méditation, l'enthousiasme, la patience,
Sont l'étalon de l'esprit.
Une fois lancé, il s'échappe rapidement.
Si vous l'enfourchez, vous réussirez.

La connaissance de soi, la lucidité, le ravissement
Sont le fruit de l'esprit.
Une fois cultivé, il mûrit et revigore.
Si vous le semez, vous réussirez.

Inspiré par son cœur, le yogi a chanté
Ces douze significations de l'esprit.
Bienfaiteurs, ne manquez pas d'exercer votre foi !

                                                                                                                                                           

                                                                                                                                                        

                                                                                                                                                       

Je me prosterne aux pieds de l'excellent Guru.
Par les mérites accumulés j'ai rencontré le Maître.
Ici je suis venu car le Lama l'avait prophétisé.

Pays de Mön ! Site bienheureux de montagnes boisées,
Pays de pâturages et de fleurs écloses,
D'arbres dansants en multitude !
Terre de jeux des grands et petits singes,
Terre où piaillent les oiseaux,
Où les abeilles volètent doucement !
Jour et nuit l'arc-en-ciel scintille,
La pluie clémente tombe été comme hiver
Tandis qu'au printemps et en automne se forment les brumes.

Dans la solitude d'un tel lieu,
Moi le yogi Milarépa, je suis heureux
Des méditations lumineuses et du Vide de l'esprit.
Je suis bienheureux des myriades de conceptions,
Et plus heureux encore de tous les hauts et de tous les bas.

Je suis heureux de ce corps né sans mauvais karma,
Bienheureux de la variété des confusions,
Et plus heureux encore des apparences effrayantes.

Je suis heureux de la séparation éternelle d'avec la détresse,
Bienheureux des grandes férocités,
Et plus heureux encore de l'absence de maladies.

Je suis heureux que la douleur en bonheur se transforme,
Bienheureux de la force naturelle des exercices du yoga,
Et plus heureux encore de danser, sauter et courir.
Je suis heureux du trésor d'un chant de victoire,
Bienheureux de la mélodie fredonnée des mots,
Et plus heureux encore s'ils deviennent multitude de sons.

Je suis heureux dans l'espace sage et confiant d'un esprit vigoureux,
Bienheureux de la puissance qui spontanément se lève,
Et plus heureux encore quand elle reflète toutes sortes de perceptions.

Disciples venus à la rencontre d'un yogi heureux,
Faites en vous naître le bonheur !

                                                                                                                                                          

                                                                                                                                                       

O Lama Bouddha, Corps de Dharma !
Enseignant de la voie sans écarts vers la libération,
Sauvegarde des êtres vivants, pouvoir de la compassion,
Sans vous éloigner, demeurez l'ornement de ma tête !
Vous qui êtes assis, chercheurs et adeptes de la Doctrine,
Les pratiques du noble Dharma sont nombreuses,
Mais celui qui médite la voie profonde est vraiment fortuné !

Au moment d'atteindre en une seule vie à l'état de Bouddha,
N'intensifiez pas vos désirs de cette vie !
Sinon les souillures étoufferaient la vertu...
Ainsi viendrait la chute dans les mondes de misère.

Au moment d'effectuer le service du Guru,
Ne pensez pas : " J'ai fait ; il profite ! "
Car Maître et disciple s'en offenseraient...
Ainsi le but recherché ne serait pas atteint.

Au moment de sauvegarder les préceptes tantriques,
Ne dormez pas dans les villages des hommes !
Car naîtrait de cela l'accoutumance au mal...
Ainsi se dissiperait le vœu de Samaya.

Au moment d'étudier et de vous instruire,
Ne développez pas l'orgueil de votre rhétorique !
Sinon se rallumerait le feu dormant des cinq poisons...
Ainsi seraient troublées les pensées dévotionnelles.

Au moment de méditer avec des compagnons,
N'accumulez pas les tâches et les rôles !
Car le recueillement en serait dérangé...
Ainsi s'éteindrait la chance du Dharma divin.

Au moment de réfléchir aux ressources de la transmission orale,
Ne vous préoccupez pas de discipliner les démons !
Sinon se dresserait en ennemie votre race...
Ainsi se renforcerait l'emprise des pratiques villageoises.

Au moment où apparaissent l'expérience puis la réalisation,
Ne dévoilez ni votre position ni vos intuitions !
Sinon s'échapperait le langage symbolique du secret...
Ainsi s'assombrirait la qualité des acquisitions.

Sachant tout ceci, renoncez-y !
Renoncez aux nourritures impures, aux actions incorrectes,
Renoncez à charrier les intérêts des morts !
Ne prenez pas vos résolutions au regard de l'opinion d'autrui,
Comportez-vous avec humilité !

 

                                                                                          Les Cent Mille Chants de Milarepa 

 

                                                                                                                                                                                      

La vie de Milarepa (1040-1123) nous est précisément connue par la biographie intitulée "La vie", faite par Tsang Nyön Heruka, un de ses disciples, vers 1490. Vers 1505, ce même disciple rédige la biographie de Marpa.

Milarepa est né au Tibet occidental. Son père est mort quand il avait sept ans et la propriété de la famille a été gérée par des parents qui l'ont maltraité, ainsi que sa mère et sa sœur. Sa mère en particulier n'a pas admis cette situation et lui a demandé d'apprendre la magie pour venger l'honneur de la famille.

Milarépa a été instruit par un magicien. Il a causé d'abord la mort de 35 de ses ennemis, tués sous les décombres d'une maison qu'il a fait s'effondrer. Puis il a provoqué un orage de grêle qui a détruit toute la récolte de céréales des personnes qui voulaient le supprimer.

Regrettant amèrement ces actes, ne mangeant plus, ne dormant plus et n'ayant plus de goût à vivre, il a recherché alors un maître capable de l'aider à neutraliser le karma négatif qu'il venait de créer.
Il est d'abord devenu le disciple du Lama Rongtön, puis du grand maître tibétain Marpa (1012-1096).

Marpa l'a mis à l'épreuve pendant des années, l'insultant, l'humiliant, le frappant, et lui imposant des épreuves considérables, comme la construction d'une tour de neuf étages à lui seul, selon des spécifications précises. Selon les dires de Marpa lui-même, peu d'hommes peuvent subir de tels traitements.

A la fin de ces épreuves, Marpa lui a transmis tous les enseignements qu'il avait reçus de Naropa.
Milarépa s'est alors retiré en haute montagne, où il a médité et composé  Les Cent Mille Chants de Milarepa . Le dernier des textes est le "kalachakra" tantra. Cette tradition décrit les cycles du temps, les cycles des planètes, les cycles respiratoires, le contrôle des énergies les plus subtiles qui sont dans le corps de chacun afin d'atteindre l'illumination. Tout est sous l'influence du temps,  " lui "  " est "  le temps donc sait tout. lien : http://ingo.e-monsite.com/rubrique,comprendre-tout-et-2011-2012,171794.html 

                                                                                                               

La roue (du temps) n'a ni début ni fin.

                                                                                                                                                                                    

Extraits de l'excellent film Bhoutanais   « Milarepa » :